LES ACTIONS CLIMAT

lundi 27 mai 2019

"Le mouvement climat, et après ?" - Un texte de Clive L. Spash 6 mai 2019, Vienne... à lire de toute urgence

Texte issu du site "LE PARTAGE" à retrouver en cliquant ici

Note du Traducteur (Nicolas Casaux) : Ce n’est pas tous les jours qu’un universitaire comme Clive Spash, partisan de la décroissance, se permet de commenter de manière assez franche les derniers développements du mouvement écologiste. Or, ainsi qu’il le remarque lui-même : « L’activisme et le monde académique devraient être bien plus imbriqués ». Pour cette raison, il m’a semblé intéressant de traduire ce petit texte (et de l’annoter). Clive Spash est un auteur très intéressant, ses critiques du néolibéralisme et des errements du mouvement écologiste sont souvent très riches et très justes, mais malheureusement elles ne sont pour l’instant pas traduites en français (à l’exception du présent article). On peut les lire en anglais sur son site : https://www.clivespash.org/

Commentaire sollicité pour la Tellus Foundation [Ce bref commentaire a été écrit comme une contribution pour la table ronde intitulée « A Great Transition » (Une bonne transition), qui se concentrait sur le mouvement climat et qui avait débuté par une déclaration de Bill McKibben. Trois questions étaient au cœur du débat : Où en est le mouvement climat ? Changement systémique, plutôt que changement climatique ? Avons-nous besoin d’un méta-mouvement ?]

Un mouvement écologiste captif ?
Comme toutes les ONG écologistes, le « mouvement climat » subit l’influence du néolibéralisme, le joug du monde des affaires. Les néolibéraux affectionnent d’attaquer les gouvernements tout en ignorant totalement le contrôle corporatiste de l’économie. Aux USA, l’étendue de ce contrôle est très simplement ignorée (par leur président lui-même, et pas seulement le dernier, ainsi que par tous les échelons hiérarchiques inférieurs). On observe un échec généralisé d’établissement d’un lien entre le social et l’économique, d’une part, et l’écologie, d’autre part. L’analyse politique est médiocre, la critique sociale inexistante et la capacité à imaginer d’autres manières d’organiser la société, libérées du paradigme de la croissance économique et des marchés, est nulle.

Ainsi le mouvement climat fait-il la promotion de mesures financières (taxes, marché du carbone), d’innovations (nouvelles technologies, par exemple), de la financiarisation de la Nature (au travers des « services écosystémiques », des écosystèmes considérés comme fournisseurs de biens et de services, du « capital naturel »), de la compensation pour perte de biodiversité (« compensation écologique ») ou de la compensation des émissions de gaz à effet de serre, ainsi que de nouvelles mesures quantitatives de la croissance.

Le capitalisme techno-optimiste, la croissance verte et les Green New Deals
Au-delà des anecdotes personnelles, le texte de Bill McKibben [le fondateur et dirigeant de l’ONG désormais internationale 350.org, créée grâce à et toujours subventionnée par l’argent des richissimes fondations philanthropiques des Rockefeller, et d’autres ultra-riches, NdT] pour cette table ronde paraît promouvoir un changement systémique, mais est-ce bien le cas ? Voici ce qu’il écrit :

« Le mouvement pour le désinvestissement […] avec des engagements de fonds de dotations et d’autres portefeuilles valant environ 8 billions de dollars. »
« Dans 75 ans, le monde fonctionnera grâce au solaire et au vent parce qu’ils sont gratuits. » [Contrairement au pétrole, au gaz et au charbon ?]
« Le changement ne sera jamais trop rapide. »
« Les grèves pour le climat qui se produisent actuellement ont été inspirées par Greta Thunberg. »
« Le combat incroyablement excitant pour un Green New Deal. »
« Si nous remplaçons les combustibles fossiles par le solaire et l’éolien, cela aura inévitablement pour conséquence d’éroder au moins en partie les structures de pouvoir actuelles. »
« Il y aura des milliardaires du solaire. »
« Le déclin extrêmement rapide du prix des énergies renouvelables et du stockage de l’électricité indique que les conditions nécessaires pour un changement rapide sont désormais en place. »
Son objectif est un financement massif de nouvelles sources d’énergie, ce qui correspond en gros à l’argument économique (néoclassique) habituel selon lequel des substituts existent, que les mécanismes financiers mettront en place. Cela repose sur la croyance selon laquelle les mécanismes financiers sont de justes indicateurs qui reflètent véritablement le prix des ressources — et qui ne sont pas déterminés par les relations de pouvoir, les lois et régulations, les subventions et les infrastructures publiques. Si c’est bon marché, c’est bon. La politique, l’extractivisme ou les limites biophysiques (c’est-à-dire les ressources nécessaires aux technologies électriques) ne sont pas pris en compte, ou très peu, ni le besoin de contrôler la demande plutôt que de fournir toujours plus. La technologie nous sauvera, les marchés fonctionnent et il y aura de l’électricité « à volonté » pour tout le monde.

Le mythe de l’entrepreneur capitaliste innovateur de l’école économique néo-autrichienne et de l’idéologie néolibérale se tient dans l’ombre de telles affirmations. Le Green New Deal risque aussi d’être un outil au service des milliardaires du monde des affaires. Aux USA, des règles spéciales sont proposées pour sortir ces billions de dollars du processus politique et pour les placer entre les mains d’un « comité spécial ». Les mêmes groupes d’intérêts se trouvent sans doute en coulisses. L’école française de régulation décrit la manière dont le capitalisme s’est historiquement adapté en réponse aux crises qu’il crée, en autorisant des changements dans la minorité gouvernante, tout en perpétuant son contrôle de la majorité. Il y a longtemps, Karl Polanyi a remarqué la manière dont ces crises mènent à des compensations sociales (les « new deals », par exemple), afin d’éviter un effondrement complet, des troubles civils et une rébellion potentielle. Lorsque cela échoue, le capitalisme recourt à la force, à davantage d’autoritarisme, ainsi qu’on l’observe à travers la sécurisation, la surveillance et la militarisation croissantes, et la montée de la droite politique.

Contrairement à ce qu’affirme Bill McKibben, les « nouvelles technologies » ne mènent pas du tout inévitablement à des changements dans les relations de pouvoir économiques et politiques. [J’ajouterai que les « nouvelles technologies » mènent le plus souvent au maintien des structures politiques et économiques dominantes. Les « techniques autoritaires » requièrent et perpétuent des structures sociales autoritaires. Or les « nouvelles technologies » en question relèvent de cette catégorie des « techniques autoritaires » dont parlait Lewis Mumford. NdT]. En effet, les billions qu’il réclame doivent servir à investir dans la croissance de l’économie au travers d’une augmentation de la production industrielle d’énergie dite « verte » et de l’approvisionnement du marché en marchandises. Qu’est-ce qui empêche cet argent d’aller à la B-Team (que mentionne Hans Baer) ? [La B-Team est un groupe d’importants dirigeants du monde des affaires, d’entrepreneurs soi-disant « responsables », formé à Davos par Richard Branson, le fondateur du groupe Virgin ; parmi les membres de la B-Team, on retrouve François-Henri Pinault, PDG du groupe Kering, Emmanuel Faber, PDG de Danone, Oliver Bäte, directeur général de la société d’assurance Allianz, Jochen Zeitz, ex-PDG de PUMA, ou encore Christiana Figueres, secrétaire exécutive de la Convention-cadre des Nations unies sur les changements climatiques entre 2010 et 2016… et fervente supportrice d’Extinction Rebellion[1], NdT]. Où sont les nouvelles institutions garantissant que ces fonds ne soient pas captés par les groupes d’intérêts financiers dominants ? La technologie ne crée pas d’institutions, elle en requiert !

Les institutions existantes des économies modernes servent à appuyer la croissance économique. Cette priorité de la croissance a été rendue claire par les plus de 3 500 économistes qui soutiennent une taxe pour le climat et s’opposent à un changement structurel. De la même manière, Lord Stern est la figure académique de la New Climate Economy (« nouvelle économie climatique »), un concept créé par des membres de l’élite de Davos à l’occasion de la publication de leur rapport « Meilleure croissance, meilleur climat ». Leur inquiétude explicitement formulée est la suivante : « Sur le long terme, si le changement climatique n’est pas endigué, la croissance elle-même sera menacée ». Un changement se profile. Les corporations et les milliardaires le comprennent très bien. Ils organisent un lobbying intensif sur le climat et l’environnement depuis le sommet de Johannesburg (Sommet de la Terre de 2002) [et même depuis avant cela, NdT], et constituaient une force majeure lors de celui de Paris (COP 21, 2015). Cela fait également longtemps qu’ils cherchent à contrôler ou orienter le mouvement écologiste afin qu’il serve leurs objectifs à eux. [Voir le texte de Michael Barker intitulé « Comment les riches ont façonné et neutralisé le mouvement écologiste grand public », NdT].

Leur argent soutient déjà Extinction Rebellion et Greta Thunberg. Greta est louangée, applaudie et accueillie par l’élite internationale de Davos, qui espère pouvoir l’utiliser pour obtenir ces billions de dollars de financement. Tant qu’elle joue le jeu, elle peut espérer gloire et récompenses. Comment est-ce possible qu’une enfant soit ainsi précipitée sous les feux de la rampe, devant les caméras des médias internationaux, autorisée auprès des dirigeants les plus importants de la planète ? Et pourquoi ? Pourquoi n’a-t-elle pas été ignorée comme tous les manifestants qui disent exactement la même chose depuis des décennies ?


Farhana Yamin
[NdT : Je me permets d’insérer ici une brève note que j’avais écrite à propos d’une figure importante d’Extinction Rebellion au Royaume-Uni : À droite d’Al Gore, sur la photo de gauche, ci-dessus, Farhana Yamin, avocate spécialiste du droit environnemental, membre du mondialement célèbre think tank britannique Chatham House (« l’un des think tanks les plus influents du monde », selon L’Express), membre du Conseil sur le programme mondial concernant le changement climatique du Forum économique mondial (WEF), et également membre clé et coordinatrice du mouvement Extinction Rebellion au Royaume-Uni (où le mouvement est né).

En parallèle, dans le contexte de l’UNFCC (la Convention-cadre des Nations unies sur les changements climatiques), Farhana Yamin fournit des conseils juridiques, stratégiques et politiques à des ONG, des fondations et des pays en développement.

Elle a également fondé une ONG, « Track 0 », qui promeut le passage à une économie « à faible émission de carbone », et même à une économie « neutre en carbone », notamment au travers d’une transition au cours de laquelle les combustibles fossiles seraient abandonnés et notre énergie deviendrait 100 % issue des industries (des) soi-disant « renouvelables ». D’après son ONG, « investir dans les infrastructures des énergies renouvelables est la clé pour relancer la croissance ».

À gauche d’Al Gore, la directrice de Greenpeace International, Jennifer Morgan. Avant cela, elle était directrice du programme climatique du World Resources Institute. Et avant cela, elle dirigeait le programme mondial pour le changement climatique du WWF (eh oui, c’est un peu comme au foot, ces gens-là passent d’une ONG à une autre, d’un institut à un autre, etc.). C’est elle qui a accompagné Greta Thunberg au Forum économique mondial de Davos, dans le cadre du branle-bas de combat qui s’organise autour du « Green New Deal » et des investissements massifs (des dizaines de milliards d’euros, et sans doute plus) qu’il appelle dans le secteur des industries des énergies dites renouvelables.

Leur combat vise moins à sauver la planète qu’à sauver la société industrielle capitaliste — même si les jeunes qui sont embrigadés espèrent ou croient parfois le contraire. L’effervescence que l’on observe en ce moment, avec les marches pour le climat, les « grèves pour le climat », le « mouvement climat », à travers le monde, n’est pas vraiment le résultat d’un activisme populaire, mais plutôt celui d’une orchestration médiatique et politique qui vise à déclencher une nouvelle phase du capitalisme industriel. Celle des énergies soi-disant « renouvelables » industrielles, ces énergies « dérivées du pétrole », comme les appelle le chercheur états-unien Ozzie Zehner, parce qu’elles dépendent de l’extraction et de l’utilisation de combustibles fossiles tout au long de leur cycle de fonctionnement. De nouvelles sources d’énergie pour alimenter la mégamachine à tout détruire mondialisée.]

Manifestement, en tant que nouvelle superstar de l’écologie, en tant que personne seule, Greta Thunberg est utile pour court-circuiter toutes les autres organisations : utile tant qu’elle attaque les bonnes personnes (les politiciens, les « gouvernements »), les faisant passer pour les coupables (détournant l’attention des corporations), et qu’elle encourage le financement d’une « Nouvelle économie » (New Economy) basée sur l’innovation, la technologie, les nouveaux marchés et la croissance économique. Les médias peuvent minimiser ou ignorer les quelques minces critiques adressées au système ou à la croissance économique et ne rapporter que ce qui sert les intérêts financiers dominants. Le jour où elle osera devenir réellement « politique », attendez-vous à ce qu’elle disparaisse rapidement de la scène médiatique.

Le mouvement Extinction Rebellion (XR) est également utile. Il affirme ne pas avoir d’agenda politique, ce qui est évidemment une affirmation fallacieuse, sinon frauduleuse. Ses membres s’engagent dans une lutte de pouvoir, mais au profit de qui ? Exiger la déclaration d’une « urgence climatique » dans l’objectif de débloquer des billions de dollars, mais pour qui ? Pour soutenir quoi ? Les inquiétudes honnêtes et la sincérité des individus rejoignant XR n’ont pas à être mises en doute, pas plus que celles de Greta. Cependant, il y a clairement des intérêts politiques et financiers en jeu ici, ce que beaucoup de membres d’XR ne semblent pas remarquer, de manière plus ou moins volontaire. À qui, contre qui Extinction Rebellion s’oppose-t-il ? Où est leur analyse des structures de pouvoir qu’il nous faudrait changer ? Se rebeller contre l’extinction, pas contre le capitalisme, pas contre l’État ou contre les corporations ?! [Le huitième point des « principes et valeurs » d’Extinction Rebellion stipule : « Nous évitons de blâmer et de dénigrer. Nous vivons dans un système toxique, mais aucun individu n’est à blâmer. ». Ce qui en dit long sur la conflictualité et la critique portées par le mouvement, et ce qui correspond étrangement au principe néolibéral selon lequel nous sommes tous également responsables du statu quo, NdT]

Ce qui se passe actuellement semble correspondre au schéma habituel d’une révolution passive. Lorsqu’un pouvoir hégémonique est menacé, il s’empare des dirigeants du mouvement qui le menace et les neutralise en les cooptant dans ses cercles de pouvoir. Il s’assure ainsi d’éviter tout changement révolutionnaire radical. Il s’assure de diviser le ou les mouvements qui le menacent, d’amoindrir leurs exigences en séparant les pragmatiques des radicaux, en formant de nouvelles alliances avec les premiers, en associant le langage des mouvements radicaux aux exigences des pragmatiques [voir l’enquête de Steve Horn que nous venons de publier, intitulée « Stratfor ou un exemple du combat du monde de l’entreprise contre les milieux activistes », qui parle exactement de cela, NdT]. Les élites menacées créent ainsi des mouvements captifs qui adoptent le langage des rebelles et font mine de porter leurs revendications. Cela s’inscrit parfaitement dans le prolongement de ces décennies d’emprise du monde des affaires sur le secteur des ONG, qui ont donné naissance au nouveau pragmatisme écologique, à la différence près que leurs derniers agissements sont plus ostensibles, étant donné que les enjeux ne cessent de grimper.

Et ensuite ?
Le mouvement climat avance le long d’un chemin de crête, entre l’encouragement d’une nouvelle phase de croissance économique, d’un côté, et des réformes économiques et politiques radicales obtenues au travers d’une transformation socio-écologique, de l’autre. Il penche en ce moment du premier côté. Il en sera ainsi tant que les forces potentielles de changement opèreront au travers des corporations et demeureront attachées au productivisme, au « développement » équitable et au nationalisme. Le mouvement climat pourrait constituer une véritable menace pour ceux au pouvoir, c’est précisément pourquoi il est infiltré et invité à « s’assoir à la table ». Le changement climatique a été et est utilisé pour occulter tous les autres problèmes écologiques, pour imposer une solution unique à des problèmes systémiques.

Toute ONG ou tout économiste qui prétend n’avoir aucun agenda politique est soit totalement naïf soit totalement indigne de confiance. Et possiblement les deux. Le Green New Deal peut-il correspondre à un accord de décroissance, non contrôlé par une élite ? Réussirons-nous à ouvrir les yeux des écologistes sincères qui manifestent en faveur de solutions néolibérales, qui vont en prison pour de mauvaises raisons ? À leur faire comprendre les manipulations orchestrées par le pouvoir corporatiste et politique ?

L’activisme et le monde académique devraient être bien plus imbriqués. Leur solidarité pourrait commencer par la recherche d’une compréhension commune des structures du système économique et politique. En ajoutant les implications de la réalité biophysique à cette compréhension, nous devrions déconstruire l’imaginaire de la croissance économique, au lieu de le ripoliner en « vert » sur la base de sources d’énergie mythiques supposément gratuites et du bon-vouloir de milliardaires.

Clive L. Spash
6 mai 2019, Vienne

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mercredi 22 mai 2019

Manif du 25 mai : Jaune/Vert

article la Rép
Une convergence verte et jaune pour le climat et contre la répression
   

Les militants jaunes et verts vont converger samedi après-midi à Pau pour un rassemblement commun.

Ce samedi après-midi, Gilets jaunes et marcheurs pour le climat s’associent pour un rassemblement commun, place de la Libération à Pau. 

La place de la Libération se transformera en une grande scène de théâtre de rue, ce samedi 25 mai  à partir de 14 h 30. C’est la concrétisation d’une convergence, amorcée depuis quelques mois, entre le mouvement palois des gilets jaunes et le collectif local "Il est encore temps", qui milite pour la préservation du climat.


Les verts et jaunes béarnais ont saisi l’occasion de la marche mondiale pour le climat pour s’unir sous la forme d’une "manifestation contre la violence faite au vivant et aux militants". Délaissant le traditionnel défilé, "les militants des deux mouvements mettront en scène l’urgence climatique", a annoncé ce mercredi en fin de matinée, Christiane Marin (gilet jaune paloise de l’assemblée citoyenne), accompagnée d’une dizaine de citoyens engagés dans ce mouvement.

Ils ont repris à leur compte à la fois l’appel national des gilets jaunes "Pour une convergence écologique" (appel de Saint-Nazaire) et celui du collectif climat "Stop à la destruction de la planète, stop à la répression des ses humains. "Ce qui nous a vraiment réunis, c’est le sentiment que l’on ne pouvait pas laisser réprimer aussi violemment des hommes et femmes qui manifestent pour simplement exprimer leurs opinions", notait de son côté Jean-Yves Deyris du collectif "Il est encore temps", lequel dénonce la dérive autoritaire des autorités. On peut également noter que les représentants locaux de la CGT appellent à soutenir le rassemblement. 

En plus de la lecture et de la mis en scène des textes rassembleurs des jaunes et verts, les manifestants relaieront un appel des artistes en soutien  aux gilets jaunes, pour lequel ils espèrent la présence du scénariste de BD palois, Wilfrid Lupano ("Les vieux fourneaux"), qui vient de refuser, avec humeur, la médaille de chevalier des Arts et Lettres.     

Les sculptures de Josiane Van Daele seront également exposées sur le parvis de l’église Saint-Jacques. Les manifestants ne s’interdisent pas de terminer l’après-midi par une marche vers le square Aragon et le grand prix historique qu’ils estiment peu compatible avec l’urgence climatique.

lundi 20 mai 2019

L’Affaire du siècle est désormais entièrement entre les mains du juge

COMMUNIQUE DE PRESSE – Lundi 20 mai 2019

Les quatre ONG requérantes déposent aujourd’hui devant le tribunal administratif de Paris leur mémoire complémentaire.

Après la requête déposée pour l’Affaire du Siècle devant le tribunal administratif de Paris le 14 mars dernier, les avocats de Notre Affaire à Tous, la Fondation Nicolas Hulot pour la Nature et l’Homme, Greenpeace France et Oxfam France ont transmis au juge un “mémoire complémentaire” détaillant l’ensemble des arguments présents dans le recours en responsabilité contre l’État français pour inaction climatique.

Présentation au juge de tous les arguments détaillés des ONG

Pour Notre Affaire à Tous, la Fondation Nicolas Hulot, Greenpeace France et Oxfam France :

« Avec le dépôt de ce “mémoire complémentaire”, l’étude complète de l’Affaire du siècle peut enfin commencer. Le document transmis au tribunal administratif de Paris détaille les manquements de l’État en matière climatique depuis le premier rapport du GIEC en 1990 et le Grenelle de l’environnement. Le travail des avocats, juristes et experts de nos quatre organisations dévoile une quantité conséquente d’obligations non mises en oeuvre par l’État. Le document revient aussi sur le préjudice écologique et sur les préjudices moraux des associations.

Les préoccupations de nos associations sont les suivantes : peut-on accepter que les gouvernements français successifs aient échoué à leur obligation générale de protéger les droits fondamentaux de leurs concitoyens, menacés par les changements climatiques ? Peut-on accepter qu’alors que les autorités étaient informées du dérèglement climatique au plus tard dès les années 1990, la première politique publique climatique ne date que de 2005 avec la loi dite “POPE” ? Peut-on accepter que parmi les obligations spécifiques que l’État s’est lui-même fixées depuis les années 2000, la majorité d’entre elles ne soient pas respectées ou pas mises en oeuvre ? Pour nos ONG, la réponse est trois fois non. »

Par exemple :

En matière d’efficacité énergétique : L’objectif fixé pour la France pour 2020 au niveau européen ne serait atteint qu’en 2026. La loi Grenelle I (2009) fixait déjà l’objectif de 38 % de baisse des consommations d’énergie du parc des bâtiments existants d’ici à 2020, soit un objectif de 400 000 rénovations de logements chaque année à compter de 2013, rehaussé à 500 000 par la loi de transition énergétique de 2015. Or, il n’y a aucun dispositif de suivi mis en place par l’État. Actant le retard pris par la France sur la rénovation, le projet de nouvelle Programmation pluriannuelle de l’énergie (PPE) évoque désormais 300 000 rénovations « équivalent complètes » par an.
En matière de transport : aucune stratégie cohérente n’a été mise en oeuvre pour atteindre les objectifs fixés par la loi pour renverser la prédominance du transport routier. Alors que la loi Grenelle prévoyait d’atteindre 25 % de hausse de la part modale du fret non routier et non aérien en 2022, la part du ferroviaire s’est effondrée depuis 2001 pour atteindre 10 % en 2017. Sur les 400 milliards d’euros investis dans les infrastructures de transport entre 1990 et 2015, 69,4 % l’ont été pour les routes (contre 19,6 % pour le réseau ferroviaire SNCF et 10 % pour les réseaux ferrés urbains).
En matière d’agriculture : en 2017, seule une portion de 6,5 % de la surface agricole utile était cultivée en France en agriculture biologique, loin de l’objectif fixé par la loi Grenelle I de 20 % en 2020. Les ventes d’engrais azoté (41 % des émissions du secteur) ont augmenté de 13 000 tonnes sur la période 2014-2016, en totale contradiction avec la Stratégie nationale bas carbone (SNBC) qui prévoyait de réduire l’utilisation de ces engrais.
Oui, nous pouvons remporter l’Affaire du Siècle

Dans le monde, le mouvement pour la justice climatique remporte des victoires et une nouvelle jurisprudence est en train de voir le jour. Le juge peut reconnaître la responsabilité de l’État français et enjoindre au Premier ministre et aux ministres compétents d’adopter toutes les mesures nécessaires pour mettre un terme à l’ensemble des manquements de l’État et réparer les préjudices subis.

Si malgré tout l’État ne se décidait pas à agir, il se mettrait hors la loi. Les ONG pourraient alors saisir à nouveau la justice et demander l’exécution forcée de la décision.

Une procédure qui ne dédouane pas l’État d’agir aujourd’hui pour le climat

Alors que plus de deux millions de personnes ont apporté leur soutien à cette initiative juridique sans précédent en France, le gouvernement ne peut se contenter d’attendre l’audience qui pourrait intervenir dans 1 à 2 an(s), sans compter un éventuel appel. La crise climatique est telle que chaque jour qui passe doit être mis au service d’avancées structurantes. Nous appelons l’État à accélérer ses efforts sans attendre l’issue de l’instruction.

Parallèlement au recours, les ONG de l’Affaire du Siècle ont ainsi proposé 6
catégories de solutions politiques pour commencer à endiguer la crise
climatique en France :

Instaurer une fiscalité socialement juste au service de la lutte contre le changement climatique. Par exemple : une taxation du kérosène des avions et une taxe carbone dont les recettes sont redistribuées aux ménages.
Créer un service public local de la rénovation énergétique des logements dans tous les territoires, notamment pour éliminer les passoires énergétiques.
Donner la possibilité à toutes et tous de se déplacer plus proprement. Par exemple, en investissant dans les transports en commun, le train et en interdisant la vente de véhicules diesel et essence à horizon 2030.
Instaurer le droit à une alimentation saine et durable pour toutes et tous. Par exemple, en soutenant les repas bios et végétariens dans les cantines.
Développer massivement des énergies renouvelables.
Mettre fin aux cadeaux qui encouragent les entreprises dans leurs actions climaticides. Par exemple, en supprimant les niches fiscales aux activités et industries les plus polluantes.
Pour les porter, et contraindre l’État à agir dès maintenant en matière climatique, l’ensemble des leviers doit être mobilisé. Par conséquent, les organisations de l’Affaire du Siècle apportent leur soutien à la mobilisation de la jeunesse le 24 mai prochain, qui, pour la deuxième fois en quelques mois, prendra place partout dans le monde pour assurer leur avenir.

Contacts presse :
Fondation Nicolas Hulot : Manuela Lorand – 06 98 45 46 91 / m.lorand@fnh.org
Greenpeace France : Aude Schmuck – 06 33 58 39 46 / aude.schmuck@greenpeace.org
Oxfam France : Noélie Coudurier – 06 17 34 85 68/ ncoudurier@oxfamfrance.org
Notre Affaire à Tous : Marie Pochon – 06 52 26 19 41 / marie@notreaffaireatous.org

jeudi 16 mai 2019

Manifestation convergence vert/jaune du 25 mai 2019 Place de la Libération de 14 à 16 heures


Thème : Violence contre le vivant - Violence contre les manifestants


Scénario
Scène 1, Thème : convergence verts/jaunes
20 à 30 personnes portent des masques vert/jaune
Font face au public sur la partie nord de la place
Un atelier de maquillage se met en place face au public et sur chaque visage est peint une larme rouge
Lecture des deux textes vert et jaune (voir textes 1 et 2 en annexe) qui déclarent la solidarité et la convergence

Scène 2  Thème : La répression des gilets jaunes
Un poster de 5 mètres (image verticale) figurant les blessés est posé à terre sur la partie sud de la place, au-dessus de la fontaine
Un autre poster similaire mais horizontal est placé en arc de cercle à la pointe du premier
Les personnes portant le masque jaune/vert se couchent
Un(e) animateur(trice) incite le public à se coucher de part et d'autre du poster vertical
Le die-in dure quelques minutes
Les médics interviennent pour déplacer les blessés vers la partie ouest de la place où est dressé l'emblème de la croix rouge

Scène 3 : Thème : La répression des gilets jaunes et des militants verts
Sur le même emplacement que la scène précédente:
Répression des jaunes : Un personnage, entouré par les personnages portant le masque vert/jaune, lit la liste des blessés par catégorie de blessures, garde à vue, mis en examen, ...
Chaque catégorie fait l'objet d'une pancarte écrite qui est dressée par une personne lors de la présentation de la catégorie

Répression des verts : Un personnage, entouré par les personnages portant le masque vert/jaune, fait l’inventaire des répressions de ND des Landes, Bure, Sivens, etc...
Chaque action réprimée fait l'objet d'une pancarte écrite qui est dressé par une personne lors de la présentation de l'action

Scène 4 : Thème : Appel des artistes pour une convergence avec les gilets jaunes
Déplacement des personnes masquées jaune/vert vers le nord de la place (à vérifier)
Près du bassin sont présentées les statues de Josiane
Lecture est faite de l'appel des artistes  (voir texte 3 en annexe)

Suite à cette manifestation une ou plusieurs déambulations peuvent être organisées par les jaunes ou les verts et proposées au public


Annexes

TEXTE 1 JAUNE
APPEL POUR UNE CONVERGENCE ÉCOLOGIQUE
L'Assemblée des Assemblées des Gilets Jaunes prend acte de l'urgence environnementale, sociale et démocratique.
C'est la même logique capitaliste d'exploitation illimitée qui détruit les  êtres humains et la vie sur Terre.
La limitation des ressources nous oblige à exiger leur partage et le contrôle de la production.
Les dérèglements climatiques, l'effondrement de la biodiversité et le péril nucléaire sont autant de menaces qui pèsent sur notre avenir.
Les biens communs (eau, air, sol, droit à un environnement sain), ne doivent pas être transformés en marchandises.
La taxe carbone sur le gas-oil est l'exemple parfait de la fausse écologie punitive qui cible les gens qui ne peuvent actuellement changer de mode de déplacement. La taxe devrait s'appliquer aux gros pollueurs : avions, ferries, porte-conteneurs...
Les Gilets Jaunes invitent toutes les personnes voulant mettre fin à la destruction du vivant à s'insurger contre le système actuel pour créer ensemble, par tous les moyens nécessaires, un nouveau mouvement social, écologique et populaire.
Ils s'engagent à rejoindre les nombreux acteurs qui luttent déjà pour une transition écologique et ont un impact sur la sensibilisation de la population
L'indignation ne suffit plus, passons à l'action !

TEXTE 2 VERT
LA PLANÈTE PERD SA BIODIVERSITÉ - LA FRANCE RÉPRIME SA DIVERSITÉ
STOP A LA DESTRUCTION DE LA PLANÈTE - STOP A LA RÉPRESSION DE SES HUMAINS
Nous faisons partie d'un collectif qui s'est fixé comme but de sensibiliser le public aux problèmes écologiques et sociaux engendrés par des logiques capitalistes néo-libérales,  et d'agir contre le dérèglement climatique et les conséquences terribles qu'il engendre.
Nous estimons qu'il y a urgence à agir et que tout le monde doit se mobiliser. Nous partageons l'essentiel des revendications des gilets jaunes et soutenons leur combat.
"L'union fait la force", a-t-on coutume de dire.
C'est encore plus vrai et indispensable dans la situation actuelle où l'on assiste à une répression de plus en plus violente de la part des représentants d'un système qui tiennent coûte que coûte à préserver leurs privilèges et l'ordre établi et se complaisent dans l'inaction.
C'est la raison pour laquelle nous appelons à la convergence des luttes.
La sauvegarde de l'environnement et l'aspiration à une justice sociale font partie d'un même combat.
Gilets jaunes et gilets verts ont le devoir impérieux de s'unir afin que leurs revendications aient une chance d’être entendues et de se concrétiser.
L'heure est plus que jamais à la convergence.

TEXTE 3
L’APPEL DES ARTISTES, CRÉATEURS ET CRÉATRICES
Depuis plusieurs mois le mouvement des Gilets Jaunes, sans précédent dans l’histoire de la Vème République, bat le pavé de nos rues.
Un mouvement de citoyen.ne.s, né spontanément, qui ne se rattache à aucun parti politique.
Un mouvement qui mobilise des dizaines de milliers de français chaque samedi, depuis plus de 6 mois, et qui est soutenu par des millions d’autres.
Un mouvement qui réclame des choses essentielles : une démocratie plus directe, une plus grande justice sociale et fiscale, des mesures radicales face à l’état d’urgence écologique.
Ce qu’ils demandent, ils le demandent pour tou.te.s. Les Gilets Jaunes, c’est nous. Nous artistes, technicien.ne.s, auteur.rice.s, de tous ces métiers de la culture, précaires ou non, sommes absolument concerné.e.s par cette mobilisation historique.
Et nous le proclamons ici : nous ne sommes pas dupes.
Nous voyons bien les ficelles usées à outrance pour discréditer les Gilets Jaunes, décrits comme des anti-écologistes, extrémistes, racistes, casseurs… La manœuvre ne prend pas, ce récit ne colle pas à la réalité même si médias grand public et porte-paroles du gouvernement voudraient bien nous y faire croire.
Comme cette violence qu’ils mettent en exergue chaque samedi.
Pourtant la violence la plus alarmante n’est pas là.
Le bilan de la répression s’aggrave chaque semaine. Au 19 avril 2019, on recensait 1 décès, 248 blessé.e.s à la tête, 23 éborgné.e.s, 5 mains arrachées chez les manifestant.e.s. C’est indigne de notre république.
Et nous ne sommes pas les premier.e.s à le dénoncer : Amnesty International, La Ligue des Droits de l’Homme, l’ONU, l’Union Européenne, le Défenseur des Droits, tou.te.s condamnent les violences policières sur les Gilets Jaunes en France.
Le nombre de blessé.e.s, de vies brisées, d’arrestations et de condamnations dépasse l’entendement. Comment peut on encore exercer notre droit de manifester face à une telle répression ? Rien ne justifie la mise en place d’un arsenal législatif dit « anti-casseur » qui bafoue nos libertés fondamentales.
Nous ne sommes pas dupes. La violence la plus menaçante est économique et sociale. C’est celle de ce gouvernement qui défend les intérêts de quelques-uns aux détriments de tous et toutes. C’est la violence qui marque les corps et les esprits de celles et ceux qui s’abîment au travail pour survivre.
Puis nous devons – c’est une urgence historique – affronter collectivement la crise écologique et trouver des solutions justes et efficaces, afin de laisser un monde vivable à nos enfants.  Nous ne sommes pas dupes.Ce gouvernement n’a cessé de reculer sur la question pour ne pas inquiéter les responsables du désastre annoncé. Les Gilets Jaunes le dénoncent comme les militants écologistes. Aujourd’hui la convergence des luttes sociales et environnementales est en route.
Nous continuerons à nous indigner, plus fort, plus souvent, plus ensemble.
Et aujourd’hui, nous appelons à écrire une nouvelle histoire.
Nous écrivain.ne.s, musicien.ne.s, réalisateur.rice.s, éditeur.rice.s, sculpteur.rice.s, photographes, technicien.ne.s du son et de l’image, scénaristes, chorégraphes, dessinateur.rice.s, peintres, circassien.ne.s, comédien.ne.s, producteur.rice.s, danseur.se.s, créateur.rice.s en tous genres, sommes révolté.e.s par la répression, la manipulation et l’irresponsabilité de ce gouvernement à un moment si charnière de notre histoire.
Utilisons notre pouvoir, celui des mots, de la parole, de la musique, de l’image, de la pensée, de l’art, pour inventer un nouveau récit et soutenir celles et ceux qui luttent dans la rue et sur les ronds-points depuis des mois.
Rien n’est écrit. Dessinons un monde meilleur.

mardi 7 mai 2019

"On est face à la plus grande tragédie qu'ait jamais vécu l’humanité." FRED VARGAS

Article de  POSITIVR

L’humanité est à un tournant.. mais elle file tout droit, dans le mur. Voici, en somme, le message puissant délivré par l’auteure Fred Vargas invitée de l’émission La Grande Librairie. Ce qu’elle dénonce ? La passivité des politiques face au changement climatique et à la disparition de la biodiversité. Ce qu’elle craint ? Un cataclysme. Ce qu’elle attend ? Des mesures fortes et immédiates.

vendredi 3 mai 2019

« Jaunes, rouges, verts, nous sommes toutes et tous dans la même galère, nous avons les mêmes colères et les mêmes adversaires ! »


Partout en France, les militant·e·s climat ont rejoint les cortèges du 1er mai pour la Fête du Travail. Des portraits d’Emmanuel Macron réquisitionnés depuis plusieurs mois par les activistes d’ANV-COP21 en dénonciation de l’inaction climatique ont été aperçus dans plusieurs villes comme à Bayonne, où un faux Benalla n’est pas parvenu à empêcher des gilets jaunes et verts de décrocher le portrait présidentiel !